mardi, 03 septembre 2013

Sixième sens

Le premier sens est le goût d'un suçon sur l'épaule à la croisée des brides.
Le deuxième, l'albâtre d'un lait qui n'a pas eu à monter.
Le troisième sens est une odeur légère au plis de l'aisselle.
Le quatrième, le cri jamais délivré des entrailles béantes.
Le cinquième sens est la texture particulière à chacune de ces cicatrices, témoin tactile qu'il n'est pas donné à toute femme de l'être.
Le sixième flâne entre fer et paix, ensoleillant le renflement du gouffre et saturant les reliques de la féminité d'un bleu d'orange.
Je m'éveille à ce sixième sens, forte des traces des autres, auréolée d'une étrange sagesse et je m'invente.

samedi, 10 août 2013

Le gardien des clés

Il a la clé
A glissé sa voix ici et là, ailleurs et là encore
Offrant les intentions de ses intonations
A des mots trop familiers

Il a ma clé
Et reste une énigme pour moi
Mister de l'ultra sensible
Pour une statue de poussière

Il a les clés
Entrer lui est facile
Rester un autre défi
Tant l'usure est notre fibre

Il a nos clés
Et les laisse de côté
Toujours mêmes, toujours autres
Puisque je l'aime


Merci à Cribas pour ces mises en voix saisissantes dont on ne saurait se lasser...

Filigrane
Crépuscule
Cirrus Decousus
A capitula
Déshabillé

samedi, 27 juillet 2013

Filigrane

En filigrane, je n'émerge pas de la page. J'y demeure indécelable, ensablée dans la pulpe, captive d'intentions prêtées sans être miennes, prisonnière d'une aspiration songe au profond du regard, vapeurs d'une femme immatérielle engluée de concret.

En filigrane, la page me capture, l'encre m'allure et je me rature.

En filigrane, je m'efface...

 


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dimanche, 14 juillet 2013

Envoutée

L'apaisement s'embrume, le chaos s'épend obstruant la perspective d'une douceur, d'un répit et le silence répond au silence. Je chancelle d'un moment au suivant, un sourire fanfaron en soutien, clin de cils à l'envoûtement du vide.

samedi, 15 juin 2013

Crépuscule

Sa menace est tangible même à travers l'océan. Sa présence empeste et rend soudain la distance omniprésente, insoutenable, incomblable. Elle nous renvoie à ces errances où nous devenons méconnaissables l'un à l'autre. En essayant de m'épargner, vous me détachez un peu plus à chaque sillage, accumulation de sel dans les cheveux, triomphe de la gravité sur l'inconditionnel et je tente de m'abriter au creux d'une réminiscence d'orage, dans les gouttelettes à vif qui se mêlent au grondement assourdissant des larmes. Au crépuscule, les chevaliers descendent de leurs grands chevaux pour mieux disparaître derrière l'horizon.

 


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dimanche, 02 juin 2013

Sens intimes

Les yeux fermés, je me livre aux sens intimes de l'amour, à ses absurdités quand vous le tolèrez à peine tout en ne sachant vous en passer, à ses circonvolutions qui nous convulsent quand les accrocs crépitent, à la douceur de ses volutes au bord du rêve. Je plane en dehors de l'horreur illuminée par une armure miroir qui réfracte les petites cruautés aux mille couleurs de l'arc-en-ciel. Rien ne m'atteint et tout me blesse à cœur.

jeudi, 18 avril 2013

Indulgence

Si peu femme dans le sillage du quotidien. Si peu mienne et encore moins vôtre dans son sillage. La torpeur se referme sur l'éveil illusoire. Au chevet de l'éloignement, le silence indulgent s'installe.

samedi, 23 mars 2013

Cirrus Decousus

Vous scellez l'isolement sur le rythme décousu que vous lui empruntez. Chaque sécheresse de ses mots devient source fraiche de vers qui saturent peu à peu la transparence. Alors que je disparais déjà dans la routine macabre d'une survie superflue, vous me revêtez de sept voiles trempés d'invisible comme pour m'atterrer, et malgré le poids et le froid, vous voulez en vie une danse pour vous distraire. Un claquement de mâchoire, un spasme, un étau et quelques cloques, rien à retenir ou convoiter, rien qui puisse résister au vent mauvais des sensations inédites, rien qui ne vale même la haine d'être dit ou écrite.



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lundi, 11 mars 2013

A Capitula

Comment vous aimer, que sais-je? Sans fin, je me réinvente, je tente, toutes les gammes, chaque couleur, sans laisser songes ou exigences empiéter sur votre liberté, au point de ne rien demander, de ne rien exiger. Et toujours vous souffrez, souffrez de manque d'amour, comme si le respect, les attentions, l'admiration, les émerveillements même étaient du vent, pas même un souffle sur votre joue, et encore moins sur votre cœur. Comment vous aimer, savez-vous? Savez-vous l' épuisement de la transparence, la permanence de la tristesse, la douleur qui se diffuse lentement et use les rêves et même le sommeil qui pourrait les abriter. Comment vous aimer, je ne sais pas, sans aucune condition pourtant, cet état n'engendre que faille et vertige, mais ne cède pas.

 


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lundi, 04 mars 2013

Poétique à cœur (en miroir de Musique aux cores) chez Cribas

>>Musique aux cores<<


Je déroule souvent l’ordinaire à la traîne, dans les allées, entre les gondoles des magasins, nulle part cette queue de casseroles n’intime un sens, pas plus qu'une larme qui glisserait jusque dans mon cou dans un mauvais mélo. Le cœur ailleurs, reste captif, malgré vous, de ses auspices immuables. Sous les néons étouffants, le phantasme se blafarde, et les fourmis s’affairent alors que je m’efface, mon essence trop fugace pour faire face.


Nombreux sont ceux qui s’en grisent, n’ont pas comme nous, un feu aseptisant dans les veines, ils s’en réduisent à leur pouvoir d’achat quand les flammes viennent lécher nos âmes et les mots nous lient. Seuls les cœurs martelés s’écrivent en lettres de sang. Les autres consomment, se consomment entre eux, et se consument. Leur fumée est notre amie, protagoniste complice de quelque échappée d’encre.


Sans tintement de tiroir caisse, nous emplissons les pages et les laissons trébuchant, ceux qui ne se définissent que par ce sonnant là, leurs parafes sur leurs comptes à vide.


Nous colorons le banal, harmonisons le quotidien, extrayons un sens du néant, traçant nos lettres à même la lumière, comme un filin de vie contre le décrochage, la capitulation aux apparences, le grignotage incessant du superficiel, les rapports de force artificiels.


J’écris avec vous, fondue dans le rythme qui vous anime, que vous saisissez et que je reconnais comme le chant du vivant.


Leur consommation, maladive, d’objets comme de relations, de sensations comme d’émotions, de divertissement comme une diversion, nous légitime, nous insuffle la force des causes perdues.


J’écris un monde dans votre ombre, l’ombre de vos tentations, un brin de naturel sur l’aile d’une libellule.


J’écris pour respirer, humer nos parfums mêlés de yin-yang.


Jour et nuit se rejoignent. A l’aube, les pastels confondent les différences, conjuguent les complémentarités. On ne se reconnait plus dans l’autre, on le connait simplement. Sa démarche familière ouvre la voix, évite les sans-issues, souligne l’invisible, susurre l’indicible. Les ondulations s’allient.


J’aime écrire pour croiser votre âme et d’un seul mot la frôler, à peine. J’aimerais que vous m’écriviez parfois.


Votre douceur gorge mes pages et je n’ai pas assez de cœur pour m’en passer, pas assez de cœur pour la voir se durcir au contact du froid, non, pas assez de cœur.


L’écriture peuple le silence du cœur à nu.


Je déroule les métaphores pour tromper l’ordinaire, la lente érosion des éléments, pour oublier à quel point vous êtes parfois dans le vôtre sans moi, à quel point je suis hors du mien sans vous. J’en égare jusqu'à votre fil, au lieu de me livrer au sommeil.


J’écris pour tenter de faire taire ce silence assourdissant, pour malgré la buée, peupler cette nuit.

Et j’éteins, je voile l'amplitude de la nuit, en baissant son volume, j'éteins.

samedi, 02 mars 2013

Déshabillé

Disperser les cendres de soi
à vos autres vents

Ouvrir une voie sans voix
à travers les enchevêtrements du silence

Se faire avaler le leitmotiv inévitable
des canevas de perdition

Ériger en foi l'émergence
de la face obscure de l'astre mort

Anesthésier le sens
Irradier le corps sage
Blanchir la page

Pour le moment venu
Pouvoir espérer savoir
Comment se déshabiller le cœur

 

                                                                 
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vendredi, 22 février 2013

Tentatives d'exorcisme

Ils viennent le plus souvent par petits groupes de deux ou trois tout serrés autour de l'indigence si caractéristique de l'essoufflement que les sourires d'accueil ne dérident pas. Je me souviens avoir été d'un de ces noyaux cahotants pour affronter un autre intolérable. Pourtant cette nouvelle traversée, la mienne cette fois, je l'entreprends en solitaire et à plein tube, mes pauvres valeurs et quelques mélodies pour compagnes. Quel soulagement y aurait-il à partager cette mauvaise blague? C'est donc seule et marquée de petites croix noires que je ressors de cette virée en territoire désinfecté, pas vraiment exorcisée mais droite, pas vraiment déshumanisée mais tout de même réduite à écrire comme elles...

mercredi, 20 février 2013

Stratosphériques polaires rieurs


nuage, nacreRire de les regarder s'écrire, comme si écrire vivait la vie plus fort, comme si sous l’effort verbal, l'image mentale prenait corps, comme si le naturel se forgeait sous le heurtoir des mots, comme si l’auto –persuasion littéraire matérialisait le rêve, le fantasme, l’auto-érotisme poétique remplaçait  la jouissance réciproque d’un seul jet au fond de la gorge…

Quand la vie vole en indicible et que le brouillard des projections se nacre aux confins de l’atmosphère propre à l’inconditionnel, rire de s'écrire.

 

 

                                                                
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dimanche, 17 février 2013

Noctiluques noctambules

nuages noctiluques.jpg

Aux heures froncées de la nuit
Comme un obsédant refrain
Vous vous éloignez dans le sommeil couchant
Offert aux incursions insensées
De rêves ravageurs
Et accompagné de la femme seule qui
Sans les peupler
Vous fredonne inlassablement
La ballade immuable des sens
Sur un air de rien

Et alors que vous sombrez
Confondu de confiance
Les orages revêtent
La soie des pétales
Le sourire de mystérieuses connivences
Poudrant d'or
L’horizon qui blêmit déjà
Sous le joug intime
De la nouvelle aube

mardi, 12 février 2013

Cumul'eau

Le vide s'accumule au fur et à morsures, s'infiltrant dans chaque interstice où la lumière s'immisçait parfois les nuits de plein soleil. Il châtre les braises devant lui, laissant le gel bleuir le lac, et les alvéoles cernées. Étrangement, une cicatrice ose palpiter encore, rebelle à ce corps esclave des poings de passage, des phalanges orphelines, des cœurs défunts en instance de défibrillation. Les nécessités terrestres cèdent sous le poids de la paix incongrue du deuil consumé.