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jeudi, 29 mars 2007

comme ça

Rester comme ça.
Larvés dans les vocalises du silence, subjugués d'ignorance, gourmands de l'instance.
Sans regarder, ni écouter, ni toucher, ni humer, ni goûter.
Tout voir, tout entendre, tout caresser, tout sentir, tout savourer de la plus infime particule de beauté,
Des lumineux abysses aux sombres altitudes.
Comme ça, stupéfaits.
Comme ça, saisis par la jouissance déferlante, désincarnation en torrent délirant, temple des sucs fertiles mêlés dévalant les zones érogènes du coeur.
Comme ça, sexualisés d'admiration, statufiés de passion, perclus d'amour sans comprendre de qui ou de quoi...
Comme ça, éperdus et complets, avides et repus, soumis et affranchis.
Comme ça, comme quand l'amour se reproduit exponentiellement, accéléré par le pouvoir de réverbération de la multitude, jusqu'à la vitesse originelle en continuelle expansion, jusqu'au tournis.
Oui, comme ça, comme un disque rayé, comme un étalon emballé, le mouvement perpétuel de l'inertie.
Oui comme ça, rester comme ça, encore une fois, ou pas.

déliraude #57

Le Printemps s’empare résolument de chaque bâton de bois mort et en presse une nouvelle pulsion. La pulpe, grouillante d’étincelles métalliques, déflagre en éclaboussures de pétales iridescents, en grappes de bulles d’améthystes, en vapeurs de paillettes de péridot translucide. La douce haleine drape le goudron en élégantes nappes de soie moirée et fond le béton en joyaux catatoniques délicats. Emue, nue, sans arme, l’illumination de beauté se blottit dans une larme offerte aux plaisirs illettrés.

déliraude #56

Les tonalités mâles et femelles se mélangent en joyeux grelots qui raisonnent encore de la saveur musquée de la fleur de poirier. Le vide devient tangible comme des milliers de fenêtres baignées de clarté et dans ce flottement amniotique sidéral, le feu est plus doux que la couleur poudrée de l'aile du papillon. La complétude soupire. Son chant de folie silencieuse dessine les angles isocèles de l'enlacement. Le détachement parfois s'attache. Alors la séparation resplendit de présence au milieu des boues d'azur indifférentes. Le regard clarifié, désinfecté de la peur, se faufile dans les ailleurs d'ici même en éludant les pseudo obstacles des avants et des après. Incrusté d'instant, l'oeil élancé du miroir devient aussi transparent que le reflet et sur des effluves d'or et de perles, l'accompagne paisiblement dans le pèlerinage statique au coeur de la secousse orgasmique . Pour la seule joie des enfants incapables d'arrêter de jouer, tout comme le coeur ne peut cesser d'aimer, le début et la fin s'égarent sur le cercle incantatoire indéfinissable de la quadrature des âmes délivrées.