lundi, 11 septembre 2006
"In a strange way a lot of our response to Sept. 11 was modeling ourselves as much as we could on the people of London during the Second World War and the incredible way they withstood the attacks during the Battle of Britain..." Rudi Giuliani

J'aurais pu vous raconter ce matin là, l'indécence du soleil inondant l'angle nord-est du 24eme étage d'Eugenie Terrace à Chicago et le coeur qui s'effondre quand les tours s'écroulent. J'aurais pu vous donner mon appréciation du régime presque fasciste d'un fou furieux qui n'a pas été élu et qui se croit investi d'une mission divine de nettoyage du monde au profit du grand capital. J'aurais pu vous citer des chiffres, exposer des images, disserter sur le voyeurisme éhonté de certains média. J'aurais pu comme TV5 vous parler des victimes collatérales, ceux qui ont aidé à déblayer et qui meurent d'avoir respiré cet air toxique.
Mais, au risque de baisser dans votre estime, le 11 Septembre pour moi n'est rien de tout cela. Cette tragédie à mes yeux a dévoilé une Amérique que vous ne connaissez probablement pas, une Amérique dont je ne soupçonnais même pas l'existence, même en y ayant vécu déjà plus de 3 années, loin des affrontements d'idéaux et de la politique, loin des clivages sociaux et raciaux, une Amérique que je n'aurais sans doute jamais connue sans le 11 Septembre 2001. La vraie force de ce pays n'est pas dans les politiques tous aussi corrompus que partout ailleurs, elle n'est pas dans ses multinationales qui avancent en écrasant tout, elle n'est pas dans son armée ultramoderne, dans son dollar, dans son libéralisme, la vrai puissance de cette nation est qu'elle a un coeur!
Là ou les institutions échouent, ou le gouvernement failli, le coeur de Amérique s'impose, il rayonne...
Il en fut ainsi au lendemain de ce dramatique mardi, le coeur de Amérique c'est soudain mis à battre de tout son Amour. La solidarité et la générosité ont pris le pas sur le débat. Les américains se sont précipités pour donner leur sang, ont organisé des collectes, ont parcouru des milliers de kilomètres en voitures, ambulances, camions de pompier pour venir prêter main forte à New-York à genoux. Ils se sont débrouillés pour rapatrier tous les voyageurs coincés loin de chez eux par l'arrêt du trafic aérien. Ils ont une puissance d'organisation extra-gouvernementale qui nous est étrangère dans l'hexagone. Mais plus encore que cette impressionnante débauche de charité, l'atmosphère était un mélange de deuil et d'amour, il y avait une vibration extraordinaire, comparable à celle d'une famille unie par la perte d'un proche.
Nous, nous sommes descendus du 24eme et avons chanté plusieurs dimanches d'affiler, oui nous les impies, les anticléricaux, avec les africains américains de la petite église baptiste nichée dans l'ombre des 42 étages d'Eugenie. Ces inconnus ont accueilli notre détresse d'expatriés loin de la protection de leur famille sans question et sans discrimination, en toute simplicité et nous ont aidé à remonter la pente.
Et puis le coeur s'est rendormi, laissant la place au pire de ce pays, la guère inepte motivée par des intérêts particuliers.
Et puis Katrina a frappé, réveillant à nouveau ce coeur pur, bien que souvent exploité et les chaînes de solidarité ont ré-émergé, palliant aux graves insuffisance du gouvernement fédéral qui contrairement au 11 Septembre ne fut pas compensé par l'efficacité du gouvernement local.
Oui, l'Amérique a un coeur, malgré la superficialité de la plupart des gens, malgré les carquants de la conformité bien pensante, malgré qu'ils soient souvent incultes, basique et barbares, malgré tous les laissés pour compte et le quart monde qu'elle ne nourrie pas. Et les terroristes, fous de dieu, ont, contre toute attentes, en fait dévoilé des valeurs de solidarité et de générosité chères à l'islam...




