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jeudi, 31 août 2006

"Il en va de l'érotisme comme de la danse: l'un des partenaires se charge toujours de conduire l'autre." Milan Kundera



Par hasard, je tombe sur cette chanson et une bouffée de douce nostalgie m'envahit.
Souvenir de jeune adulte ou avec un de mes cousins, nous prenions des cours de rock au gymnase de derrière chez lui. Déjà étudiante autonome dans mon appartement, je venais avec la fidèle 104 de ma grand-mere, je me faisais inviter par sa Maman pour le dîner, puis nous partions à notre leçon. Mon cousin n'était pas un garçon vraiment à l'aise dans son corps, qui pourtant était plutôt fin et musclé. Il avait juste un rapport étrange à lui même et la danse était avec l'aviron l'une des rares activités ou il se laissait un peu aller, en fin un peu, le mot est faible! Quelles parties de rigolades! Il arrivait à nous faire des noeuds indéfaisables. Il fallait qu'on se lâche, bravant l'interdit du prof dans les éclats de rire. J'en avais des fous-rires d'anticipation. Un vrai bonheur et un bon exercice pour les abdominaux. Au bout de quelques mois, nous étions devenu bons danseurs dans la joie! A tel point qu'arrivée à Hartford, je devais prendre un cours optionnel et ayant déjà un programme chargé, je me suis dis que "Danses de salon" ne pourrait pas faire baisser ma moyenne. Pendant ce cours, nous pratiquions un peu tout: rock, salsa, tcha-tcha, tango et bien sur, la valse. J'avais jeté mon dévolu sur un grand dadet (un vrai "geek") tout raide qui n'avait aucun sens du rythme et probablement n'avait jamais tenu une fille dans ses bras. Les défis ne m'ont jamais fait peur.  Mon intuition, bien qu'encore larvée à cette époque, ne m'avait pas trompée. Je n'avais pas la compassion pour l'emmener plus loin dans la conquête de son corps, mais il a tout de même réussi à suivre la musique sans me marcher sur les pieds, à conduire correctement et à devenir un danseur acceptable. C'est la valse qui a été le déclic. La valse est vraiment la danse enivrante par excellence. Il y a des danses plus sensuelles, plus langoureuses, plus passionnées, mais aucune n'est plus  une parade amoureuse que la valse. L'homme ne cesse d'avancer et la femme de reculer. La femme toujours presque qu'au bord du déséquilibre, et l'homme toujours ferme pour la soutenir. Elle nécessite, plus que toute autre, que l'homme sache exactement ou il veut aller, et surtout que la femme n'ayant pas d'yeux derrière la tête lui fasse totalement confiance. Dans le sexe, je préfère l'équilibre, mais dans la valse, c'est si bon de se soumettre à cet élan volontaire jusqu'au tournis.

Hélas, le Prince ne maîtrise pas les bases. Comme nos corps palpitent au même rythme, il m'entraîne parfois dans un zouk ou une lambada collés, de temps en temps dans les deux passes de rock qu'il connaît et le plus souvent dans des slows langoureux qui arrêtent le temps. Mais la valse me manque. Peu importe la robe, peu importe le lieu, peut importe si le partenaire est un peu raide ou maladroit du moment qu'il sait ou il va. Juste envie de l'ivresse, de la cadence accordée à celle des battements du coeur, de l'abandon de ne pas voir ou je vais, de l'élan incomparable, de l'énergie d'une valse!
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"La Valse" Camille Claudel