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samedi, 18 novembre 2006

solutions

Ce soir,  j’ai pleuré.

Toute la journée, j’avais répondu à tes provocations et tes agressions par un mot d’amour en souriant et en riant.

Mais ce soir, je ne pouvais plus.

Tu me regardais de l’autre coté de la table avec les yeux fous de la colère et le flot de tes paroles me faisait mal…

Tu avais raison.

J’avais besoin d’un peu de compassion, que tu reconnaisses mon état de fatigue, qui n’est certes pas une excuse, mais qui contribue néanmoins à ce que tu me reproches, que tu comprennes aussi la violence des déchirements auxquels je suis confrontée.

Mais tu ne pouvais voir que toi et ta propre culpabilité,  et comme à chaque fois que tu te sens coupable, tu t’en es pris à moi. J'étais si triste que tu te sentes ainsi, en partie par ma faute.

Alors, je n’ai pas pu retenir mes larmes, même sachant qu’elles affecteraient les enfants, et je les ai laissées couler.

Les enfants sont venus me câliner. La fillotte m’a dit qu’elle allait m’aider et être gentille puisque Papa avait heurté mes sentiments. Je lui ai répondu que ça n’était pas de sa faute si je pleurais, et que ça n’était pas vraiment de ta faute non plus. Je lui ai dit que ça n’était la faute de personne, que c’était juste un peu de découragement, un mauvais moment qui allait passer, que ça n’était pas grave. Le fillot s’est joint à elle pour débarrasser la table et m’aider à faire la vaisselle et à ranger la cuisine. Il a dit, « c’est ça une famille, une famille doit se serrer les coudes dans les mauvais moments ». Tous seuls, ils se sont préparés pour la nuit pendant que je pleurais en finissant de nettoyer. Et puis je suis allée les embrasser dans leur lit, leur chanter leur chanson, un peu secouée de sanglots, mais remplie d’amour et de fierté.

L’eau des larmes a pourtant fini par laver la tension, et à travers sa transparence, j’ai pu entrevoir des solutions. Le bon choix est évident, il est si dur à faire parce qu’il a des implications complexes qui, ce soir, m’ont parues insurmontables, alors il faut trouver des moyens de simplifier. Quelques idées se sont présentées…Ca ira mieux demain…

Peacocks Parade

Ils ont déroulé le tapis rouge, sorti le grand jeu du pouvoir, les strass et les paillettes, la Cadillac noire avec chauffeur, le restaurant le plus chic de la ville, le salut aux huiles et toute la parade des paons. Je les connais bien ces paons là, c’est une espèce très rare avec laquelle j’ai  déjà eu la chance de frayer. Je ne pensais pas avoir à nouveau le privilège d’admirer leur plumage lumineux de si près, en si grand nombre, je m'y étais résignée. Comme je n’attendais donc rien, j’ai été clouée sur place. Pas séduite puisque ça m’est égal, mais surprise, enfin si séduite un peu tout de même, j’ai toujours été charmée par ce qui me surprend, c’est tellement rare…Et aussi flattée, même si le regard des autres ne me défini plus, même si mon égo a perdu le contrôle depuis longtemps, flattée de voir dans leurs yeux  que mes plumes ne dépareillent pas les leurs, mon plumage m’est à ce point devenu transparent que je ne puis m'en rendre compte seule…

 

Et je n’ai pas triché…Pas une seule seconde de ces 8 heures je n’ai essayé d’être ce que j’aurai pu imaginer sans peine ils attendaient. J’ai été tentée, c’est vrai, comme on peut être tenté par une mauvaise habitude difficile à perdre, c’est plus facile d’être juste un miroir…surtout dans une société aussi hypocrite que celle-ci. Et puis, j’ai aussi appris à être prudente, à ne pas trop dévoiler et à produire juste le stricte nécessaire pour me conformer à l’environnement ambiant. Quand on évolue dans une autre dimension, la plupart de ceux qui ne comprennent pas prennent peur et vous isolent. A quoi sert-il d’avoir raison si on ne peut pas se faire entendre, si l’isolement prévient toute capacité d’action ? Alors on rentre dans le moule et on garde ses analyses pour soi, n’en utilisant que la partie la plus comestible et digeste pour la masse.

 

Pas cette fois. Cette fois j’ai assumé, je n’ai pas essayé de me protéger, je n’ai pas manipulé, je les ai laissé me décortiquer à leur gré, offrande sacrificielle soumise et consentante aux Dieux des Affaires. Ils ont pu disséquer mes entrailles, voir les schémas analytiques, la clairvoyance, l’inspiration, la manière intuitive de prendre les décisions, la maitrise technique,  l’art de dire « non », la capacité de soumission et celle de conviction, la séduction, le plaisir, la dérision. Ils ont pu voir comme je sais bien faire briller les autres, comment j’abandonne volontiers le premier rôle pour  lui préférer celui plus subtile de faire-valoir. Je n’ai pas non plus caché les cicatrices, ni la poésie. J’ai même gentiment expliqué que je ne suis pas dupe des manipulations et qu’il est souvent plus simple et plus efficace de me donner carrément un ordre que j’exécute alors en légionnaire bien discipliné.

 

Tout volatile commun avec la tête bien vissée sur les épaules aurait pris ses jambes à son cou… Pas cette race de paons…Eux, ils ont décidé de m’intégrer à leur parade…Ca fera un beau feu d’artifices !